Danielle Brassel, responsable des investissements responsables chez Zurich Insurance Group, pilote le développement et la mise en œuvre de la stratégie mondiale d'investissement responsable de l'entreprise. Forte de près de vingt ans d'expérience, elle revient dans cet entretien sur le débat plus large autour de l'investissement durable, en soulignant l'importance d'une vision à long terme, de cadres d'évaluation d'impact crédibles et de la collaboration. 

You have been involved with Building Bridges since 2021. How have you seen both the platform and the broader sustainable investment conversation evolve over these past few years?

Ces dernières années, le marché a gagné en précision et en transparence, à mesure qu'il évolue et s'enrichit de nouvelles connaissances. On observe un abandon progressif des engagements généraux et des objectifs vagues et intangibles au profit d'une approche plus concrète, axée sur ce qui fonctionne réellement et a un impact significatif. Cette évolution se reflète également dans la communication et le marketing, qui sont devenus plus précis et transparents, reconnaissant à la fois les opportunités et les limites de ce qui est réalistement réalisable.

At Building Bridges 2025, you explored investment opportunities, regulatory stability, and the role of private capital in Europe’s competitiveness. Why is this conversation particularly important right now?

C'est toujours important. Je pense que cela devient tout simplement évident aujourd'hui, étant donné que nous vivons dans un monde qui évolue beaucoup plus rapidement qu'auparavant, avec une incertitude réglementaire et géopolitique.

Les investisseurs n'investiront pas dans des marchés où règnent des incertitudes réglementaires. Je me souviens encore de l'époque d'avant 2012, lorsque l'Espagne a brusquement modifié son système de rachat d'électricité pour les énergies renouvelables. Du jour au lendemain, il est devenu impossible d'injecter sa propre production d'énergie renouvelable dans le réseau. Suite à ces changements, l'Espagne a considérablement perdu du terrain en matière de leadership d'opinion.

Je reviens d'un appel où un gestionnaire d'actifs a clairement affirmé : « Nous n'investirions jamais sur un marché à cause des subventions, car on ne sait jamais quand elles disparaîtront. » C'est un principe que j'ai appris très tôt dans ma carrière à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), où nous refusions d'intervenir dans les secteurs des marchés émergents fortement subventionnés.
L'aspect de la stabilité est donc toujours important. C'est peut-être justement aujourd'hui, parce qu'elle est devenue moins stable dans de nombreuses économies, que son importance est encore plus manifeste.

Zurich s'est fixé des objectifs clairs en matière de climat et d'impact, les infrastructures jouant un rôle de soutien.

 

Quelle a été la leçon la plus importante jusqu'à présent pour transformer ces ambitions en projets d'investissement viables ?

Les infrastructures jouent un rôle essentiel dans la réalisation de nos objectifs d'impact et de nos investissements dans les solutions climatiques. En effet, nous adoptons une approche spécifique à chaque classe d'actifs, en analysant en détail chacune d'entre elles : quelles sont les possibilités et les stratégies appropriées ? Cette approche s'ajoute à une démarche d'intégration ESG, c'est-à-dire une gestion des risques. Nous cherchons à déterminer si chaque classe d'actifs peut réellement générer des bénéfices environnementaux et sociaux.

Par exemple, dans le domaine de la dette privée, nous avons évalué et analysé des actifs d'infrastructure — tels que des panneaux solaires et d'autres infrastructures essentielles — qui contribuent à bâtir un environnement plus résilient, adaptable et tourné vers l'avenir. Ces actifs sont alors classés comme infrastructures à impact.

Bien entendu, nous rencontrons les mêmes obstacles que les autres investisseurs. Les projets en développement sont insuffisants et leur expansion est souvent complexe en raison des contraintes réglementaires. Malheureusement, l'environnement réglementaire n'est pas toujours favorable ni stable pour les investissements à long terme nécessaires. Cette volatilité rend les projets moins attractifs et, dans bien des cas, trop coûteux pour générer un rendement suffisant.

Pour beaucoup, l’expression « mobiliser des capitaux privés » peut paraître abstraite. En termes simples, que faut-il faire pour débloquer davantage d’investissements à long terme en faveur d’une croissance durable ?

En tant qu'investisseur institutionnel, nous privilégions une approche prudente en matière de risques. Tout investissement présentant un risque de perte en capital ou de rendement inférieur à celui du marché est difficile à prendre en compte. Il ne s'agit pas uniquement de rendement ; il s'agit aussi de préserver le modèle économique de l'assurance et de garantir notre capacité à indemniser les sinistres.

En d'autres termes, pour certains investissements que nous souhaitons réaliser, nous avons besoin de mécanismes de réduction des risques. Le « capital de première perte » en est un exemple : une partie de l'investissement provient d'acteurs capables d'accepter des rendements plus faibles ou d'absorber les pertes, comme les fondations philanthropiques, les institutions de financement du développement ou les gouvernements. Ce mécanisme contribue à la viabilité des investissements et peut mobiliser significativement des capitaux privés.

Pour mobiliser davantage de capitaux privés, une collaboration plus étroite avec ces acteurs est indispensable. Le marché est disposé à créer des solutions de financement mixte, mais celles-ci peinent souvent à se concrétiser faute d'alignement des besoins entre les différentes parties. Améliorer cette collaboration sera donc crucial pour l'avenir.

What role can Building Bridges play in bringing together investors, policymakers, and businesses to turn ambition into real investment on the ground? 

Building Bridges already does a strong job in bringing those parties together. That’s what is often missing—the ability to really understand the needs of others. We all tend to think the way we do things is the right way, but there are many ways to get to Rome. The challenge is finding agreement on how to move forward together.

Compte tenu de l'urgence et de la rapidité avec lesquelles nous devons agir, nous devons éviter les tâtonnements et privilégier la coordination et la progression. Non pas en prenant des raccourcis, mais en adoptant une approche plus pragmatique de nos activités.

Solving problems ultimately lies with the participants, but Building Bridges plays an important role as a platform—bringing stakeholders together and sparking ideas on where to go next. I see it as a catalyst, similar to the Hamburg Sustainability Conference.

You also have strong access to senior leadership, which is critical. It requires both a top-down and bottom-up approach: leadership support to enable change, and people on the ground to implement and drive ideas forward. That combination is where Building Bridges can really make a difference.

D’ici à 2030, quelles sont selon vous les opportunités les plus intéressantes pour les assureurs de générer à la fois des rendements et un impact concret grâce à l’investissement dans les infrastructures ?

Du point de vue des assureurs, l'accent est souvent mis sur l'adaptation et la résilience. Or, le besoin accru d'adaptation s'explique par l'insuffisance des mesures d'atténuation. Face à des ressources limitées – tant en capital qu'en capacité –, plus nous privilégions l'adaptation, moins nous pouvons allouer de fonds à l'atténuation, qui sera pourtant cruciale à long terme.

Je crois donc que les opportunités les plus importantes et les plus efficaces résident dans l'atténuation des émissions, notamment dans les pays émergents. Cela implique d'accélérer la transition énergétique, en encourageant des pays comme l'Inde et la Chine à développer davantage les énergies renouvelables, et de réduire la dépendance au pétrole et au gaz subventionnés afin de diminuer plus efficacement les émissions.

En outre, les investissements fondés sur la nature peuvent contribuer à séquestrer les émissions existantes et à financer les technologies émergentes comme la capture du carbone.


Série de récits « Nous construisons des ponts »

Building Bridges is more than just an event, it’s a space for meaningful collaboration, fresh perspectives, and lasting connections. Through our storytelling series, we highlight the personal experiences that shape each edition. If you have a story to share about your engagement with Building Bridges, whether it’s a key insight, a memorable moment, or the impact of the bridges built, we’d love to hear from you at community@buildingbridges.org.