L'agriculture a déjà connu trois bouleversements majeurs au cours des deux derniers siècles… Premièrement, l'augmentation de la demande consécutive à la révolution industrielle du début du XXe siècle a justifié le passage du travail manuel et animal à la mécanisation agricole. Ensuite, le boom économique et démographique de l'après-guerre a entraîné le développement des engrais, des pesticides et d'autres produits chimiques. Enfin, la mondialisation de la demande et l'amélioration du niveau de vie dans les pays émergents depuis les années 1980 ont conduit à l'industrialisation de la production agricole.

Mais ce modèle agricole s'essouffle. La demande augmente en raison de la croissance démographique continue et de l'amélioration du niveau de vie dans les pays en développement rapide comme la Chine, tandis que l'offre ne parvient pas à suivre, notamment à cause de la stagnation des rendements agricoles, de la diminution des terres arables et des préoccupations climatiques croissantes. De plus, les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et rejettent les pratiques néfastes pour l'environnement du modèle industriel actuel. Ceci ouvre la voie à une quatrième révolution industrielle fondée sur diverses solutions technologiques.

La première technologie est la robotique agricole, ou AgRobotics. L'automatisation des machines agricoles peut multiplier par cinq les rendements, tandis que les drones peuvent surveiller les cultures plus efficacement qu'un agriculteur et ainsi réduire l'utilisation intensive de pesticides. Les perspectives de croissance pour ce secteur sont d'environ 23 % par an d'ici 2025.

L'agriculture verticale représente une alternative innovante à la production traditionnelle : elle permet de cultiver des fruits et légumes frais hors sol, y compris en milieu urbain, avec peu ou pas de produits chimiques, toute l'année et au plus près du consommateur. Les substituts de viande contribuent à réduire l'impact environnemental fortement négatif de l'élevage. Représentant actuellement moins de 1 % de la consommation totale de viande, ces substituts pourraient atteindre une part de marché de 10 % d'ici 2030.

Enfin, la réduction des déchets et l'amélioration de la logistique constituent un autre volet de cette quatrième révolution. Les technologies de tri automatisées et assistées par intelligence artificielle les plus récentes, ainsi que les nouvelles techniques d'emballage, permettront de réduire considérablement les pertes de récoltes, qui représentent actuellement environ 30 % de la production.

L'agriculture 4.0 va entraîner une transformation structurelle de nos pratiques agricoles dans les années à venir, avec des résultats que nous pensons aussi importants que les précédents progrès significatifs.