Une transformation profonde de notre modèle de développement socio-économique sera nécessaire pour éviter les conséquences les plus catastrophiques de la crise climatique et environnementale. Dans ce changement de paradigme mondial indispensable, les banques centrales et les autorités de surveillance financière jouent un rôle crucial.

Ils ont le pouvoir de réorienter les flux financiers vers le financement de la transition et de garantir une évolution ordonnée vers des marchés et une économie plus durables. Les banques centrales et les autorités de surveillance financière sont au cœur du fonctionnement des marchés financiers ; seules elles, par la mise en œuvre de leur politique monétaire et de leurs activités de supervision financière, peuvent limiter l’accumulation des risques systémiques liés à l’environnement et contribuer à une transformation rapide et à grande échelle.

 Suite à la Déclaration de Kunming sur la biodiversité, et alors que les dirigeants mondiaux se sont réunis au G20 et à la COP 26 pour discuter des défis auxquels nous sommes confrontés, le WWF approfondit son analyse des pratiques des banques centrales et des autorités de surveillance financière à travers le monde avec la publication de son premier rapport et outil de suivi en ligne. Ce nouvel outil évalue les mesures prises et les progrès accomplis par ces institutions pour intégrer les considérations environnementales et sociales à leurs mandats et activités.

Malgré une prise de conscience croissante des conséquences financières du changement climatique et de la perte de biodiversité, et malgré les efforts croissants déployés par les banques centrales, les organismes de réglementation et les autorités de supervision pour créer un système financier durable, les outils monétaires, réglementaires et prudentiels existants ne sont pas encore pleinement utilisés pour assurer la transition vers une économie résiliente et à faibles émissions de carbone.

Globalement, 2021 a été une année riche en événements pour la finance durable. En avril 2021, la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ) a été lancée afin d'accélérer l'alignement des portefeuilles financiers sur des objectifs de neutralité carbone fondés sur des données scientifiques. Elle compte aujourd'hui 250 membres, parmi lesquels des banques, des assureurs, des gestionnaires d'actifs et des propriétaires d'actifs de premier plan à l'échelle mondiale, qui gèrent ensemble plus de 88 000 milliards de dollars d'actifs.

Suite à la 4e réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20, qui s'est tenue au début du mois, le G20 a réactivé son Groupe de travail sur la finance durable afin de coordonner les efforts internationaux visant à mobiliser des financements durables. La Feuille de route du G20 pour la finance durable a été publiée ; il s'agit d'un plan d'action pluriannuel destiné à intensifier la finance durable pour soutenir les objectifs du Programme de développement durable à l'horizon 2030 des Nations Unies et les objectifs de l'Accord de Paris.

Le 15 octobre, la première partie de la Convention sur la diversité biologique (COP15) s'est conclue par la Déclaration de Kunming, ouvrant la voie à l'adoption d'un cadre mondial pour la biodiversité post-2020 lors de la reprise de la conférence en 2022. Un engagement spécifique a été pris pour « mobiliser des ressources financières supplémentaires et orienter tous les flux financiers vers la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité ». Dans le même esprit, de nombreuses annonces ont été faites par les dirigeants mondiaux lors de la COP26 concernant les plans de réduction des émissions pour limiter le réchauffement climatique, la déforestation et l'abandon progressif de la production de pétrole et de gaz. Il est également crucial de considérer la nature comme une alliée dans la lutte contre le changement climatique si nous voulons atteindre notre objectif.

Aussi encourageantes que soient ces promesses, le chemin à parcourir est encore long.

La crise climatique et environnementale s'intensifie. De récents rapports de la communauté scientifique internationale — et notamment du GIEC et de l' IPBES — démontrent clairement que le changement climatique et l'érosion de la biodiversité s'accélèrent, atteignant des niveaux sans précédent par leur ampleur et leur rapidité.

Bien que les initiatives sectorielles telles que la GFANZ soient encourageantes, les autorités de régulation doivent également intervenir. Seules elles peuvent établir des règles communes applicables à toutes les institutions financières, garantissant ainsi des conditions de concurrence équitables et limitant les risques d'écoblanchiment. Les banques centrales, les autorités de régulation financière et les superviseurs évaluent également les risques et œuvrent à la stabilité du système financier, tandis que leurs actions peuvent contribuer à créer un environnement propice à la finance durable.

Bien que le Réseau pour un système financier plus vert (NGFS) se soit rapidement développé depuis son lancement en décembre 2017 pour devenir un réseau mondial de 95 membres et 16 observateurs, et qu'il produise des guides pour faciliter l'intégration des considérations climatiques et environnementales dans la supervision prudentielle, la gestion de portefeuille et les pratiques de politique monétaire, des mesures concrètes visant à garantir un système financier plus durable et résilient ne sont toujours pas mises en œuvre de manière systématique. Cette tendance est préoccupante, d'autant plus que l'aggravation du changement climatique et l'érosion de la biodiversité font peser de graves risques systémiques sur le système financier.

Pour étayer davantage ces propos, le rapport SUSREG (Sustainable Financial Regulations and Central Bank Activities) du WWF et son outil de suivi en ligne mettent en lumière les progrès accomplis à ce jour, soulignant les bonnes pratiques, mais aussi les lacunes et les domaines où des efforts supplémentaires sont nécessaires dans les 38 pays couverts.

Malgré les progrès significatifs réalisés dans la publication de nouvelles réglementations ou d'exigences de supervision obligeant les banques à intégrer les considérations de durabilité dans leur stratégie et leurs pratiques, les deux tiers des pays évalués ne disposent toujours pas de ces cadres, ce qui laisse d'importantes lacunes dans la gestion des risques environnementaux et sociaux au sein du système financier mondial.

Malgré des efforts indéniables pour mieux comprendre, quantifier et atténuer l’exposition des banques aux risques climatiques, la perte de biodiversité n’est pas encore correctement prise en compte. Il est nécessaire d’activer les outils de supervision existants de manière préventive afin de garantir que les institutions financières cessent de soutenir des activités incompatibles avec les objectifs de développement durable. De même, les banques centrales doivent mieux utiliser les instruments de politique monétaire pour contenir les risques environnementaux et sociaux et ne pas freiner la transition vers un développement durable.

Compte tenu de la nécessité d'une action mondiale urgente, le succès dépendra en grande partie de la capacité des banques centrales et des autorités de supervision bancaire à accélérer leurs efforts pour faire face aux risques climatiques et environnementaux et à utiliser leur rôle de chef de file pour appeler à des politiques nationales plus ambitieuses et à une meilleure coordination internationale.