Les grandes ambitions suisses en matière de finance verte
La Suisse possède sans doute l'un des écosystèmes les plus cohérents au monde en matière de fintechs vertes, d'institutions financières affiliées et de partenaires universitaires, officiellement soutenu par l'autorité de régulation nationale, le Secrétariat d'État aux Finances internationales (SIF).
GFN : un réseau puissant
Le Green Fintech Network (GFN), qui était à l'origine un petit groupe de leaders visionnaires de la finance durable en 2023, est devenu un réseau dynamique de plus de 50 membres. Ses membres clés sont des startups à différents stades de développement, principalement spécialisées dans la collecte et l'analyse de données, mais aussi dans l'assistance technologique aux investisseurs particuliers et institutionnels. C'est pourquoi le GFN compte parmi ses membres de nombreux acteurs majeurs nationaux et internationaux, tels que des institutions financières et des cabinets de services professionnels (UBS, PostFinanceet EY), la bourse suisse SIX Group, le fournisseur mondial de données MSCI et d'importantes institutions académiques (Université de Zurich, ZHAWet IMD) qui mènent des recherches de pointe et favorisent la création d'entreprises dérivées issues de la recherche.
Évolutions réglementaires en Suisse
L'objectif principal du régulateur est d'améliorer la transparence et la comparabilité des informations relatives au développement durable. Actuellement limitées aux grandes entreprises, les obligations de déclaration s'étendront progressivement à un plus grand nombre d'entreprises. De nombreuses PME sont déjà tenues de collecter des informations sur le développement durable en raison des répercussions sur l'ensemble des chaînes d'approvisionnement des grandes entreprises. Par ailleurs, les cadres de déclaration évoluent au-delà du climat et intégreront la nature et la biodiversité, au même titre que les aspects sociaux. La Suisse ambitionne de renforcer la comparabilité grâce à des plateformes internationales et à l'ouverture des données, telles que le Net Zero Data Public Utility (NZDPU). Ceci représente une formidable opportunité pour les fintechs vertes de développer des outils et des solutions basés sur la technologie et les données, l'accent étant mis sur l'accessibilité des données primaires plutôt que sur leur interdiction par abonnement. De nombreuses fintechs vertes suisses proposent ainsi des solutions analytiques et axées sur les données, bénéficiant de l'expertise des institutions académiques suisses de renommée mondiale dans des disciplines telles que la science des données et l'intelligence artificielle.
Conformité à la réglementation de l'UE
La Suisse est fortement impactée par l'évolution de la réglementation européenne, car de nombreuses entreprises suisses sont actives sur le marché de l'UE ou sont fournisseurs de grandes entreprises européennes qui exigent des données ESG pour leurs propres rapports. De ce fait, le nombre réel d'entreprises suisses tenues de collecter et de publier des données de durabilité dépasse largement les 300 grandes entreprises, probablement d'un facteur 10. Or, de nombreuses PME suisses concernées ne disposent pas du savoir-faire requis. Les fintechs vertes ont donc un rôle crucial à jouer pour accompagner les PME dans leurs futures obligations de reporting.
Des cas d'affaires concrets
L'orientation générale de la transition économique étant désormais claire, un vaste champ d'opportunités commerciales se dessine. Les obligations de transparence et de conformité ont été les premiers moteurs du besoin en solutions fintech vertes. Aujourd'hui, des investissements considérables sont nécessaires pour la rénovation du parc immobilier, des processus industriels, de l'agroéconomie et des technologies connexes. De nouvelles méthodes de collecte de données, d'analyse en temps réel, de suivi et, à terme, de financement verront le jour, souvent fortement dépendantes des technologies. Ainsi, certains segments de la fintech verte réinventent et optimisent le financement de cette transition, que ce soit au niveau institutionnel ou individuel, public ou privé, en établissant un lien direct entre impact et retour sur investissement.
– Auteur : Philippe Lionnet, Envoyé spécial pour la finance durable, Secrétariat d’État à la finance internationale (SIF)
– Cette contribution vous est présentée par Finance Swiss, un partenaire précieux de Building Bridges 2024.