Webinaire sur le financement mixte : Libérer les investissements privés pour l'action climatique
Le 21 novembre 2024, nous avons organisé la troisième session de la série de webinaires « Construire le changement », en amont de la conférence Building Bridges 2024 à Genève en décembre. Intitulée « Financement mixte : mobiliser les investissements privés pour l’action climatique », cette session a réuni des experts des secteurs public et privé afin de discuter du rôle transformateur du financement mixte dans l’augmentation des investissements pour l’adaptation au changement climatique, la biodiversité et le développement durable.
Avec des événements mondiaux majeurs comme la COP16 sur la biodiversité à Cali et les discussions en cours à Bakou (COP29), l'urgence de mobiliser des capitaux pour les marchés émergents n'a jamais été aussi criante. Ces économies, où plus de 90 % des pays sont classés comme non investisseurs, représentent à la fois les besoins les plus criants et les plus grandes opportunités d'investissements à fort impact. Le financement mixte, qui mobilise les investissements privés, s'est imposé comme la stratégie essentielle pour combler le déficit d'investissement dans l'action climatique et, plus récemment, comme une solution prometteuse pour la restauration de la biodiversité et les solutions fondées sur la nature. Chris Club , directeur général de Convergence Blended Finance et modérateur du débat, a défini le financement mixte comme un mécanisme combinant fonds publics et philanthropiques afin de réduire les risques d'investissement et d'attirer des capitaux privés. « Malgré son potentiel », a-t-il souligné, « le financement mixte ne représente que 1 % des besoins d'investissement liés aux ODD et à la lutte contre le changement climatique dans les économies en développement. »
Obstacles qui freinent les flux de capitaux privés vers les marchés émergents
Daniela Savoia, gestionnaire du fonds de dette des marchés émergents chez Edmond de Rothschild, a souligné le manque de transparence entourant les risques liés aux projets, un frein fréquent pour les investisseurs privés. Elle a insisté sur le fait qu'une meilleure visibilité et des outils de financement mixte, tels que les garanties et les financements concessionnels, permettraient de relever ces défis. Vikram Widge, conseiller principal à la Climate Policy Initiative (CPI), a mis en lumière la fragmentation des projets dans les marchés émergents, qui manquent souvent de l'envergure nécessaire pour attirer les investisseurs institutionnels. Andrey Shlyakhtenko, responsable des opérations de financement mixte au sein du département Financement mixte et Stratégie d'entreprise de la Société financière internationale (SFI), a noté que la biodiversité et les solutions fondées sur la nature n'offrent généralement pas de retours financiers immédiats, ce qui rend les capitaux privés réticents à s'engager sans mécanismes de réduction des risques efficaces. Patrick Nussbaumer, directeur des partenariats stratégiques de la Fondation UBS Optimist, a souligné que de nombreux investisseurs privés hésitent à adopter les perspectives à long terme requises pour les projets complexes d'adaptation au changement climatique, qui s'étendent sur plusieurs décennies.
Solutions pratiques pour développer ses investissements
La session a proposé des stratégies concrètes pour surmonter ces défis et développer le financement mixte afin d'obtenir un impact plus important :
- Investissements à risque réduit – Daniela a donné des exemples de financements concessionnels réduisant les risques pour les entreprises africaines, démontrant comment le financement mixte peut libérer des capitaux privés.
- Partenariats catalyseurs – Patrick a souligné le rôle de la philanthropie dans l'amplification des investissements privés grâce au capital catalyseur et à la transparence de l'impact. Il a partagé des enseignements tirés du SDG Outcomes Fund, un de 100 millions de dollars qui déploie des financements axés sur les résultats.
- Regroupement de projets pour les investisseurs institutionnels – Vikram préconisait le regroupement de petits projets en portefeuilles, une méthode qui accroît leur attrait pour les investissements institutionnels. « Nous devons réaliser des investissements ambitieux, audacieux et peu contraignants pour atteindre l’envergure nécessaire », a-t-il déclaré.
- Mettre l'accent sur la résilience à long terme – Andrey a encouragé un changement dans l'évaluation des projets, en privilégiant la stabilité des flux de trésorerie à long terme et les avantages en matière de résilience plutôt que la rentabilité à court terme.
Inspirer la collaboration pour un avenir durable
Ce webinaire a démontré que le financement mixte n'est pas seulement un outil, mais un véritable catalyseur de transformation dans les marchés émergents. En mobilisant des capitaux publics, privés et philanthropiques, il permet de créer des opportunités inédites et d'ouvrir la voie à des solutions à grande échelle pour relever les défis climatiques et de biodiversité.
Comme l'a conclu le modérateur Chris Club : « Le financement mixte est essentiel pour mobiliser les milliers de milliards nécessaires à l' Accord de Paris et aux objectifs de développement durable, mais il exige des partenariats audacieux, de la confiance et une volonté d'innover. »
Grâce à ces constats, le terrain est prêt pour Building Bridges 2024, où les dirigeants des secteurs public et privé exploreront comment la finance peut accélérer les progrès mondiaux vers la durabilité.
Pour en savoir plus :
Panorama mondial du financement climatique 2024, Climate Policy Initiative, octobre 2024 ;
Rapport sur l’état du financement mixte 2024 – Édition climat, Convergence, octobre 2024 ;
Financement climatique fourni et mobilisé par les pays développés en 2013-2022, OCDE, mai 2024
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